Les enjeux territoriaux de la Côte d'Azur

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Définir l’étalement urbain

2. Définir l’étalement urbain

 

2.1. Les villes françaises, sous l’effet de deux changements


Aujourd’hui, les villes françaises sont marquées par deux grands processus de développement dans l’espace :

• D’une part, la métropolisation, qui traduit la concentration des fonctions supérieures dans quelques grandes zones urbaines, ce qui alimente leur croissance et leur rayonnement. Ces fonctions peuvent être liées au commandement économique et à l’innovation (sièges sociaux, entreprises de haute technologies, recherche et développement, finance, commerce international), aux grandes infrastructures d’échanges (aéroports, ports), au tourisme d’affaires, à la culture, à certaines fonctions spécifique relevant de la sphère publique (institutions internationales, commandement de Défense, etc.). Sur la Côte d’Azur, ce processus touche principalement les zones urbaines entre Cannes et Nice.

• D’autre part, l’étalement urbain, qui touche toutes les villes (même petites), et peut être qualifié de passage de la ville constituée (bâti continu et dense sur une superficie limitée) à la ville diffuse (bâti dispersé qui s’étend sur une aire géographique vaste) et multipolaire (intégration de villes historiquement autonomes dans un même bassin de vie et émergence de pôles nouveaux à dominante économique et commerciale).

A travers le terme d’étalement urbain, on insiste donc particulièrement sur l’évolution morphologique des villes, en insistant sur les formes et la localisation du développement périphérique.

 

2.2. Du centre vers la périphérie


La croissance urbaine ainsi que l’attractivité des territoires urbanisés sont les premiers déclencheurs de l’étalement urbain (Lévy, Lussault, 2003). Des populations de plus en plus nombreuses se localisent dans les grandes villes, voire dans les très grandes villes, mais font le choix paradoxal de s’écarter des centres. Se loger en zone périurbaine, au cœur d’espaces boisés, et posséder un logement individuel deviennent des besoins ressentis par de plus en plus de ménages. Ainsi, à Nice, sur les collines ouest de Bellet, on remarque tout particulièrement les formes d’habitat que sont les lotissements (au second plan), et qui sont significatives de l’étalement urbain. Il y a encore 20 ans, ces collines n’étaient composées que de rares zones résidentielles.

 

 

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Photographie 1: Les collines de Bellet à Nice : une zone d’étalement urbain

 (Source : photographie personnelle)

 

L’étalement urbain est bien lié à un choix délibéré des acteurs de se loger de plus en plus loin des centres. Il peut aussi être défini comme le processus qui résulte d’un conflit entre deux usages du sol : les terres agricoles ainsi que les espaces naturels s’artificialisent sous la pression urbaine. Les besoins en logements, en bâtiments pour les activités, ainsi que les réseaux de voirie qui desservent le tissu bâti grignotent peu à peu les sols nus. On parle de mitage de l’espace : un habitat dispersé et lâche se localise au sein d’espaces naturels et / ou cultivés. L’étalement urbain se caractérise par une relation paradoxale : de faibles densités de population disséminées sur de très larges zones. La taille des logements croît de manière très importante, alors que les densités de population chutent. A Hyères, ce processus d’éparpillement dans l’espace de l’habitat est particulièrement visible.

 

 

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Photographie 2 : L’étalement urbain à Hyères                                

 (Source : photographie personnelle)   

         

 

2.3. De l’étalement à la ségrégation socio-spatiale


Un processus de ségrégation socio-spatiale important se met aussi en place. La volonté d’un retour à la nature mêlée à un « besoin de l’entre-soi » - c'est-à-dire de se loger sur les mêmes territoires que les ménages appartenant aux mêmes catégories sociales – font apparaître de nouvelles formes urbaines. Au sein des espaces, la marque la plus visible de ces phénomènes s’observe dans les résidences fermées, de plus en plus nombreuses notamment en région Provence-Alpes-Côte d’Azur (cf. Madoré, Billard, 2009). Ainsi, près de Sophia Antipolis, le « Domaine des Hauts de Vaugrenier » rassemble des zones d’habitat, des équipements collectifs (école maternelle, piscine, tennis, etc.), des commerces. Tout ceci étant clôturé dans l’espace.


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Figure 1 : Le domaine des Hauts de Vaugrenier                             

Source : http://www.les-hauts-de-vaugrenier.fr/