Les enjeux territoriaux de la Côte d'Azur

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Les causes de l’étalement urbain

Les causes et les conséquences de l’étalement urbain sont bien connues et font l’objet de nombreuses analyses, notamment celles conduites par l’INSEE (Institut National de la Statistique et des Etudes Economiques) et par l’IFEN (Institut Français de l’Environnement)

 

3.1. Des processus explicatifs en Côte d’Azur comme ailleurs


A l’échelle nationale française, comme sur la Côte d’Azur, l’étalement urbain résulte de plusieurs phénomènes qui se combinent dans l’espace.

 

Le premier facteur de l’étalement urbain en Côte d’Azur est une tendance lourde qui s’observe sur l’ensemble du territoire français : la maison individuelle représente un idéal pour plus de 80% des Français (CREDOC, 2004). C’est donc désormais le cadre de vie au sens large (habitat individuel, proximité avec la nature, recherche d’un environnement adapté à la vie familiale avec enfants, désir d’un voisinage relativement protégé de la différence sociale) qui détermine le choix des résidences des ménages. Les familles sont donc obligées de chercher toujours plus loin en distance (et éventuellement en temps) des lieux d’habitat qui soient adaptés à leur désir, compte tenu de leurs capacités financières.

Le deuxième facteur porte sur les progrès techniques et la baisse du coût des transports. La généralisation de l’automobile à partir du milieu des années 1960 et le développement des voies rapides ont conduit à l’élargissement des déplacements quotidiens des individus. L’espace accessible au quotidien, notamment pour les mobilités domicile-travail, s’est étendu et s’est dilué.

 

Le troisième élément explicatif de l’étalement urbain en Côte d’Azur concerne les politiques publiques. En effet, de nombreux choix politiques ont accompagné voire stimulé les deux premiers processus, autant aux échelles nationales que locales. On peut ainsi recenser : des politiques d’habitat (soutien à l’accession à la propriété en habitat individuel dès le début des années 1970), de déplacements (priorité accordée aux investissements routiers et autoroutiers par l’Etat et les Conseils Généraux des années 1960 aux années 2000) et d’accueil de l’activité économique (développement des zones d’activité à partir de la fin des années 1960)


3.2. Des processus particuliers en Côte d’Azur


Sur la Côte d’Azur, le processus d’étalement urbain s’est réalisé dans un contexte un peu plus particulier, lié à trois phénomènes :

  • D’une part, l’intensité de la croissance démographique. Ainsi, entre 1962 et 2010, la Côte d’Azur a gagné plus de 500 000 habitants.
  • D’autre part, la force du développement touristique. Ainsi, la Côte d’Azur rassemble près de 200 000 résidences secondaires (20% du total de la France), dont 50 000 en possession par des étrangers. Elle accueille chaque année près de 20 millions de touristes, générant plus de 130 millions de nuitées, soit 5% du total des nuitées françaises et étrangères en France. La Côte d’Azur représente ainsi 1% du marché touristique mondial
  • Enfin, les mutations de l’agriculture. Sous l’effet du déclin agricole dès les années 50, l’occupation agricole des terres devient une activité secondaire voire rare. Les terres délaissées par l’agriculture se voient alors colonisées par l’urbanisation diffuse, notamment à proximité du littoral

Près de 170 000 résidences secondaires, parmi lesquelles 48 000 étrangères Près de 170 000 résidences

 

En conséquence, l’étalement urbain est particulièrement intensif sur la Côte d’Azur. Il est par exemple visible sur une carte très parlante réalisée par l’INSEE (lien vers figure 2). Les pointillés montrent de manière schématique, de 1975 à 2006, une extension continue de limite de la densité de 80 habitants au km². L’étalement urbain se rapproche, voire gagne le relief, et touche désormais tout le Centre Var, les aires urbaines d’Aix-en-Provence et d’Avignon, et sur l’aval du Val de Durance. Plus précisément sur la Côte d’Azur, l’arrière pays grassois et le Moyen Var sont progressivement gagnés par cette limite de densité de 80 hab/km².

Ici, cet étalement, lié autant à l’attractivité qu’à l’insuffisance de l’offre de logements abordables dans les centres urbains, porte le risque de transformer l’atout de l’attractivité du territoire en un handicap sur le plan social et de freiner développement économique des territoires. Le continuum urbain ainsi créé pose des questions de fonctionnement propre, que ce soient par l’allongement des distances à parcourir qu’il impose dans la vie des habitants et l’organisation des services à la population, que dans la mise en cause des continuités écologiques et la préservation de la biodiversité.

 

 

evolution densite fig 2

 

Figure 2 : L’expansion spatiale de l’urbanisation en PACA

            Source : INSEE PACA

 

 

3.3. L’étalement urbain : un fonctionnement systémique


La figure 3 montre les mécanismes qui aboutissent au cercle vicieux de l’étalement urbain, et à l’issu duquel le besoin de consommation d’espaces supplémentaires ne peut cesser.

La croissance urbaine est tout d’abord liée à la fois à l’afflux de population (les migrations qui s’opéraient entre les campagnes et les villes autrefois et qui s’opèrent actuellement entre les espaces urbains) et au solde naturel des villes. Deux processus s’enclenchent alors : la métropolisation, c'est-à-dire la surconcentration des hommes et des activités sur une portion réduite du territoire ; et la raréfaction des espaces constructibles au sein des espaces urbains. Sous cette pression et ce besoin de constructions nouvelles, les tissus bâtis s’étendent à travers l’espace, et les territoires urbains se dilatent alors. Des centres secondaires s’implantent au sein des périphéries, ils s’apparentent à des relais entre les avancées du front urbain et le pôle urbain et forment une agglomération polynucléaire.

Parallèlement, le manque d’espaces disponibles en ville induit mécaniquement une hausse des prix du foncier. Le phénomène de rente foncière s’amorce et c’est ainsi que le prix du mètre carré constructible décroit avec la distance au centre-ville. Deux fonctions essentielles de la ville sont alors repoussées aux limites du front urbain. D’une part, la hausse des prix des logements entraine le départ des populations modestes en périphérie. D’autre part, les activités qui exigent de très grandes surfaces bâties telles que les super et hypermarchés sont obligées de s’installer en marge des villes.

De nouveaux bassins de vie encore dépendants de la ville apparaissent alors. Et avec eux de nouveaux besoins en construction émergent. Les populations se logent, consomment et travaillent en périphérie même si elles restent connectées avec la ville centre. Cependant, le constat est sans appel : l’étalement urbain engendre sans cesse de nouveaux besoins en espaces disponibles. C’est une fuite en avant.

 

À cette boucle de rétroaction centrée sur la consommation des espaces, il faut ajouter les mécanismes liés à la mobilité des personnes. En effet, le progrès des transports, ainsi que la baisse importante des coûts qui leurs sont liés, ont eu un impact prépondérant sur l’étalement urbain. L’augmentation des vitesses de déplacement a permis aux populations de s’affranchir des distances, et de fait de se loger de plus en plus loin des centres urbains.

 

Système fig 3

 

 


Figure 3 : Le cercle vicieux de l’étalement urbain

(Source, réalisation personnelle)

 

 

Enfin, l’ampleur du phénomène de l’étalement urbain est telle que l’INSEE a du revoir ses définitions, plusieurs fois au cours des dernières décennies. Après avoir été des pôles urbains puis des aires urbaines, les agglomérations se conçoivent désormais en tant qu’espaces urbains. Ce processus affecte donc l’entièreté du territoire français.


Déf INSEE fig 4


Figure 4 : L’étalement urbain oblige l’INSEE à revoir ses zonages et ses définitions