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2. ANTHROPOLOGIE DE L'ORGANOLOGIE

Exposé vidéo

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Présentation

L’organologie est abordée ici sous l’angle matériel (morphologie, facture, techniques de jeu) mais aussi culturel (contexte social, historique de l’instrument, rôle réel ou symbolique qui lui est dévolu en fonction des mythes fondateurs, des croyances, de l’organisation du pouvoir spirituel ou temporel et du cycle de la vie collective ou privée). Ces deux approches que Geneviève Dournon qualifie respectivement de classificatoire et d’analytique sont considérées ici de façon complémentaire.

Au-delà de l’étude des symboliques sociale, politique, religieuse, magique, sexuelle des instruments de musique, cette leçon traite de la question du « détournement » sonore et musical de l’instrument, notamment à travers l’imitation, mais aussi du « détournement » de l’objet (agraire, ustensile, etc.) et de son usage vers un objet producteur de son.

Enfin, c’est toute la dimension historique de l’organologie qui est évoquée (l’instrument de musique est un marqueur historique), d’une part à travers les grandes théories historiques évolutionnistes et diffusionnistes de la « musicologie comparée », mais aussi à travers un certain nombre de disciplines connexes au service de la recherche en organologie comme la philologie, l’iconographie, l’archéologie musicales.

Complément

LA RELIGIOSITÉ DES INSTRUMENTS À CORDES CHEZ LES PÈRES DE L'ÉGLISE

 

• « Dans le tympanon le cuir est tendu, dans le psaltérion ce sont les cordes ; dans les deux instruments la chair est crucifiée » (saint Augustin).

• « Le psaltérion à dix cordes signifie les dix commandements de la Loi » (saint Augustin).

• « Avec le psaltérion décacorde, le croyant se soumettra aux dix commandements et évitera en même temps les dix plaies d’Égypte » (Arnobe).

• « On comprend ainsi que le psalterium avec ses dix cordes, c’est l’Église avec ses dix lois réprimant toute hérésie et le carré, les quatre Évangiles » (saint Jérôme, Épitre à Dardanus).

• « [La cithare] comporte vingt-quatre cordes et sa forme revêt environ celle de la lettre delta. [… Elle] représente l’Église dans sa sainteté avec les vingt-quatre dogmes des Vieillards ; elle possède une forme triangulaire […] représentant la foi en la Sainte Trinité » (saint Jérôme, Épitre à Dardanus).

• La cithare est « la symphonie des vertus ». « De même que les sons de la cithare sont différents entre eux, mais qu’il n’y a qu’une seule consonance et qu’un seul musicien qui les manie, ainsi la cithare représente l’amour, ses différents sons symbolisent les paroles bienveillantes inspirées par l’amour, qui toutes produisent la même harmonie et consonance ; le musicien c’est la puissance de l’amour ; c’est elle qui fait retentir la douce mélodie » (saint Jean Chrysostome).

• « Tout le peuple du Christ peut être nommé une cithare, car il est composé de différentes âmes comme celle-ci de plusieurs cordes, mais il n’envoie à Dieu qu’une seule prière et une seule action de grâces » (Eusèbe de Césarée).

 

À lire sur ce thème : GEROLD Théodore, Les Pères de l’Eglise et la Musique, Genève, Minkoff, 1973 [1ère éd. Paris, Librairie Félix Alcan, 1931]. CHARLES-DOMINIQUE Luc, Musiques savantes, musiques populaires. Les symboliques du sonore en France (1200-1750), Paris, CNRS, 2006.

Complément

Les « séries instrumentales » iconographiques

Dans une image de ce type, provenant du Codex Manesse (Zürich, 1305-1340), on serait tenté de voir une représentation des orchestres de ménétriers au service des seigneurs médiévaux. Or, une telle interprétation serait ici complètement erronée. Le miniaturiste n’a pas cherché à représenter un ensemble orchestral dans sa globalité (un ensemble de ce type n’existe pas à cette époque). Il s’agit au contraire d’un procédé rhétorique classique au Moyen Âge que Pierre Bec a qualifié de « séries instrumentales » et que l’on connaît dans le domaine littéraire, par exemple, dans le Roman de flamenca (xiiie siècle).

Il s’agit ici de montrer dans une même image à la fois la puissance de ce seigneur (symbolisée par les instruments « politiques » à son service – cornemuse, hautbois, flûtes et tambourins), mais aussi son goût des arts, symbolisé par les instruments accompagnant les chansons de geste et les vies des saints et joués par les jongleurs – les vièles à archet. Les deux dimensions de la musique au service de ce souverain – musique fonctionnelle officielle et protocolaire, musique artistique de divertissement – sont ici représentées, pour accroître le prestige de ce souverain dont l’héraldique est omniprésente sur cette miniature.

Meinster

« Meister Heinrich Frauenlob »

Miniature extraite du Codex Manesse (1305-1340), Zürich,

Bibliothèque de l’Université de Heidelberg.

Complément

LE SYMBOLISME INSTRUMENTAL DANS L'ICONOGRAPHIE RELIGIEUSE OCCIDENTALE


adoration berger

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Gregorio Vásquez, L’adoration des bergers, 71 x 48 cms, Musée d’Art colonial de Bogota.

Egberto Bermudez, La música en el arte colonial de Colombia, Bogotá, Fundacion de Música, 1994.

 

 

L’iconographie musicale est plus largement symbolique et allégorique que véritablement documentaire. Les contextes de ces scènes musicales permettent de conclure quant à la symbolique des instruments figurés. Plus qu’une réalité contextuelle souvent inexistante que l’on chercherait vainement pour tenter de nourrir notre histoire musicale lacunaire, l’iconographie musicale figure et transfigure nos référents culturels et notre système de pensée musicale dans sa forme la plus large, la plus globale et la plus abstraite. C’est en ce sens qu’elle devient objet historique et documentaire. Elle est une source essentielle pour une anthropologie de la musique (histoire culturelle et symbolique) et aussi pour l’organologie.

Dans cette peinture, le groupe des instruments célestes, à cordes (harpe, basse de viole, guitares) – il n’y a pas ici de trompes, instruments de la gloire –, s’oppose à la cornemuse du berger, instrument dont la symbolique est ici sociale (emblème du pastoralisme) mais plus généralement diabolique et sorcière du Moyen-Age à l’âge baroque. Cette opposition est renforcée par la spatialisation de l’image, les instruments sacrés se trouvant en haut, l’instrument pastoral et profane, en bas.

En savoir plus

Orientation bibliographique sommaire en organologie télécharger le pdf

 

Liens Internet des grandes collections internationales d’instruments de musique, les sociétés de musicologie et les groupes de recherche sur l’organologie et l’iconographie musicales télécharger le pdf

 

Glossaire organologique extrait de François-René Tranchefort, Les instruments de musique dans le monde, Paris, Le Seuil, 1980, 2 vol.) télécharger le pdf

 

Quelques définitions des principaux types ou sous-types organologiques télécharger le pdf