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Les archives, source d'importance d'une histoire sociale des musiques populaires

Le problème d’une recherche historique relative aux musiques ménétrières de tradition orale, c’est que ces musiciens n’ont jamais été (ou rarement) eux-mêmes producteurs de sources documentaires.

L’oralité est attachée à une grande partie de leur activité musicale :

1)    L’oralité dans la réglementation professionnelle :

Une fois leurs statuts corporatifs rédigés et déposés, on a l’impression que les ménétriers (instrumentistes profanes dès le xive siècle) ont régi toute leur vie professionnelle selon le seul droit oral, suivant le respect que l’on accorde traditionnellement à la « parole donnée ». Pas de livres de confrérie, pas de lettres de maîtrise, hormis quelques rares exceptions (par exemple Rouen)…

2)    L’oralité littéraire :

Les ménétriers – pour qui l’illettrisme est loin d’être une constante – n’écrivent pas, ne rédigent pas de mémoires, d’autobiographies, ne s’écrivent pas… Dans ce contexte, on mesure à la fois le caractère exceptionnel et l’immense intérêt documentaire que représentent les quelques centaines de poèmes – parfois autobiographiques – d’Auger Gaillard, ménétrier languedocien du xvie siècle, qui fut également moine, mercenaire, charron et poète…

3)    L’oralité musicale :

Les ménétriers exercent leur profession presque totalement dans le champ de l’oralité. Les musiques ne sont pas notées ou très rarement (elles le sont alors seulement dans un but mnémotechnique : usage de la tablature).

En tout cas, il n’existe pas de partitions des répertoires de ménétriers, mis à part quelques répertoires de cours.

D’autre part, leur art, même s’il fut à certains moments chéri des plus grands (rois, seigneurs, etc.), n’eut jamais les faveurs de l’Église. La pratique de la musique instrumentale profane et de la danse fut donc perpétuellement illicite, aux yeux de la religion catholique tout au moins.

Si l’on s’intéresse à l’étude sociale des musiciens, à leur statut, à leur mode d’organisation, il faut attendre le xive siècle pour avoir les premiers statuts corporatifs des ménétriers et documents d’archives relatifs à leur activité professionnelle. Si l’on s’intéresse à la fonction des premiers musiciens, à la distribution des rôles de producteurs et d’interprètes, aux premiers grands répertoires, la littérature médiévale, dès le xie siècle, pourra être d’un grand secours. Si l’on s’intéresse à l’évolution des instruments, à leur organologie, à leur tenue éventuelle, alors l’iconographie pourra être riche d’enseignements dès le xie siècle.

On constate donc que, parallèlement aux sources littéraires et iconographiques, les sources d’archives constituent une source de tout premier plan pour une étude historique des musiques ménétrières, de tradition orale.

Parmi elles, on trouve en premier chef les minutes notariales. Elles sont les consignations écrites originales d’un très grand nombre d’actes officiels privés (contrats de mariages, testaments, legs, inventaires après décès…) et publics (contrats d’associations de musiciens, éventuellement statuts corporatifs, contrats d’apprentissage…).

 

Statuts des Ménétriers de Toulouse (1492)

Statuts corporatifs des ménétriers de Toulouse, 1492, Archives départementales de la Haute-Garonne, E 1318. Dimensions du parchemin : 1,20m x 0,80m. Cliché : Conservatoire Occitan de Toulouse.

Statuts des Ménétriers d'Orléans (1584)

Statuts corporatifs des ménétriers d’Orléans (1584).

Diplôme des Hautbois de la Couble des Capitouls de Toulouse (1661)

Diplôme de musiciens conféré par les Capitouls aux six hautbois de la Ville, 1661.

Archives municipales de Toulouse, 5 S 102.

 

Cette documentation est d’une extrême richesse et son importance est capitale. Malheureusement, la plupart de ces minutes sont encore vierges de toute investigation, et celles qui ont été dépouillées n’ont pas toujours fait l’objet d’une analyse et d’un classement méthodiques. Ce fonds est encore globalement méconnu et gardera encore longtemps ses secrets.

L’historien dispose, d’autre part, d’un ensemble de documents concernant l’activité publique des ménétriers : traces comptables des fêtes et des personnels, délibérations, ordonnances municipales, rapports de police, arrêts de Parlements, ordonnances royales, archives ecclésiastiques.

Reçu 6 hautbois de Toulouse

Compte de la recette et dépense faite pour la réjouissance de la naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne, 1682. Salaire des six hautbois de la Ville de Toulouse, d’un trompette, des tambours de la Ville. Archives municipales de Toulouse, CC 2317.

 

Cette documentation, totalement éparse, a le mérite de renseigner sur le statut des musiciens, sur la difficulté d’exercer légalement un métier souvent marginal et parfois dérangeant au nom de la défense des « bonnes mœurs », des valeurs morales et religieuses, du maintien de l’ordre. Ces sources proviennent des divers pouvoirs civils et religieux de l’Ancien Régime. Elles reflètent le regard très particulier que portent les puissants sur les acteurs d’une pratique marginale.