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La statistique napoléonienne : l’esprit d’inventaire

La France rurale va faire l’objet d’un inventaire généralisé, département par département, sous l’autorité des nouveaux préfets institués en 1800, cette statistique prenant souvent la forme d’une description « topographique » et aussi ethnographique, soit un inventaire descriptif du territoire. On attendait des préfets un véritable travail de terrain qu’ils entreprirent aussitôt.

François de Neufchâteau, ministre de l’Intérieur sous le Directoire et sous le Consulat, explicite cette mission dans une circulaire (28 germinal de l’an VII — 1798) :

« Chaque description doit donc offrir des renseignements certains sur les productions naturelles et industrielles du département […] sur l’état actuel de l’industrie et des arts […] sur les mœurs et les usages des habitants du département, sur les restes des monuments des Romains […] enfin sur tout ce qui se trouve d’utile, d’intéressant et de remarquable dans le département sous quelque rapport que ce puisse être. »

Les préfets commencèrent par entamer une série de consultations de fonctionnaires, de leurs sous-préfets, mais aussi de tout un ensemble de notables ruraux et semi-ruraux, gens de lettres. Notons que les secrétaires généraux des préfectures avaient une proximité culturelle et linguistique plus marquée avec la population que les préfets eux-mêmes. Ils furent les véritables chevilles ouvrières de ces statistiques (à Gap, le secrétaire de préfecture, composait des Noëls provençaux). Les sociétés savantes furent également mises à contribution.

Il s’en suivit tout un tableau du patrimoine archéologique et monumental, des réseaux de communication, de la toponymie, des mœurs et usages, du langage et des dialectes.

Dans la Dordogne, le secrétaire général de la préfecture, Delfau, fit de sa statistique départementale un véritable almanach : description du système solaire, calendrier du jardinier où l’on apprend par exemple que, du 1er au 8 germinal, « on sème toutes sortes de graines potagères, et à fleurs ; on illetonne les artichauts pour faire de nouvelles plantations… ».

Le tiers des correspondants de l’Académie Celtique sont des préfets ou occupent une fonction dans l’administration préfectorale. Cela montre assez leur inclination pour cette ethnographie naissante du début du xixe siècle.

Cette description (monumentale, ethnographique, etc.) va concerner tout d’abord 34 départements entre 1800 et 1802 et être imprimée à Paris par l’Imprimerie Nationale en 12 volumes sous la rubrique Statistique générale de la France. Petit à petit, ce sont 54 départements qui vont faire l’objet d’une description statistique poussée puis d’une publication en 1810 de 3 énormes volumes : Description topographique et statistique de la France. Cette énorme entreprise se poursuivra quelques années après par des initiatives locales, comme celle du baron Trouvé, préfet de l’Aude de 1803 à 1816, auteur en 1818 d’une Description générale et statistique du département de l’Aude, œuvre qui aura requis une dizaine d’années d’observations minutieuses.

Cet esprit statistique s’est poursuivi tout au long du xixe siècle et au-delà.

Au Bureau de la statistique du début du xixe siècle (qui est dissous en 1812), succède la Statistique Générale de la France (en 1833), service officiel chargé de la statistique et qui va travailler sur la « statistique morale » dans les années 1820 et 1830 (la misère, la prostitution, la mortalité, l’hygiène publique, la criminalité).

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Baron Trouvé, Description du département de l’Aude. Mœurs et usages, Carcassonne, GARAE, 1984, pp. 46-47.

 

 

 

 

 

 

 

 

Dans l’Aude, le Baron Claude-Joseph Trouvé (1768-1860) :

Le Baron Trouvé, préfet de l’Aude de 1803 à 1816 publia en 1818 une Description générale et statistique du département de l’Aude. Fin observateur, remarquable ethnographe, il livre une quantité de renseignements sur la musique, la danse et les fêtes dans le département. Ainsi, il décrit la procession de la Fête Dieu de Castelnaudary, allant même jusqu’à noter l’air de musique servant à rythmer cette procession.

« La ville de Castelnaudary a conservé un usage dont l’origine remonte, suivant la tradition, à l’époque de la conquête de Simon de Montfort. De temps immémorial, tous les corps de métiers de cette ville, précédés de leurs bannières, et dans le rang qui leur a été assigné, font partie de la procession de la Fête-Dieu. Chaque pavillon est surmonté d’un attribut de la profession à laquelle il appartient ; de chaque côté de ce pavillon sont deux bergers de la Montagne-Noire, jouant sur la cornemuse une marche qu’on appelle encore dans le pays la marche de Simon de Montfort. […] »